Dans Le droit à la paresse, pamphlet incisif paru en 1880, Paul Lafargue renverse l'idéal moderne du labeur en répondant au « droit au travail » proclamé en 1848. Dans une prose satirique, véhémente et nourrie d'arguments économiques, historiques et moraux, il soutient que la glorification bourgeoise du travail asservit le prolétariat au lieu de l'émanciper. Héritier du socialisme marxiste autant que de la tradition polémique française, le texte attaque l'ascétisme productiviste, l'exploitation industrielle et l'illusion du progrès mesuré par l'effort incessant, pour défendre le loisir, la réduction du temps de travail et une civilisation affranchie du culte de la production. Paul Lafargue, militant socialiste, journaliste et théoricien, fut l'un des diffuseurs majeurs du marxisme dans l'espace francophone. Gendre de Karl Marx, engagé dans l'Internationale et dans les luttes ouvrières de la Troisième République, il écrivit ce texte au contact direct des contradictions du capitalisme industriel. Son expérience politique, son érudition classique et sa fréquentation des débats révolutionnaires expliquent la vigueur avec laquelle il dénonce l'intériorisation par les travailleurs des valeurs mêmes qui les oppriment. Il faut lire ce livre pour sa force de provocation intellectuelle autant que pour son étonnante actualité. Derrière la formule paradoxale, Lafargue oblige à repenser le rapport entre travail, dignité, désir et liberté. Bref, brillant et impitoyable, cet essai conviendra à quiconque s'intéresse à l'histoire des idées sociales, à la critique du capitalisme et aux généalogies de notre obsession contemporaine pour la performance.